Bishop Nast, le photographe qui met le 93 en avant

Écrit par on 09/11/2018

Rencontre avec Bishop Nast, qui dévoile une nouvelle collection à l’effigie du 93

Il y a quelques jours sortait la compilation 93 Empire. Un projet orchestré par Fianso dans lequel on retrouve une quarantaine d’artistes du département. La compilation n’a cependant pas placé la Seine-Saint-Denis sur la carte : elle y est déjà depuis longtemps. Dans une époque où la banlieue a peut-être dépassé Paris en influence, le 93 bouillonne d’artistes venus de tous les milieux. Bishop Nast en fait partie. Originaire de Clichy-Sous-Bois, le photographe et graphiste a voulu rendre à son quartier ses lettres de noblesses à travers une collection qui met en avant l’ambiance brute et authentique de sa ville. Portrait.

C’est au collège que Bishop découvre la photographie. Il commence à prendre des photos avec l’appareil de sa soeur et glisse vers l’argentique quelques années plus tard : « C’est vraiment le processus qui m’intéresse. Shooter à la pellicule donne un côté plus brut aux photos que je ne retrouve pas avec le numérique. Au début, mes potes ne comprenaient pas trop pourquoi j’avais délaissé mon gros appareil pour un autre plus petit, plus ancien, mais quand ils ont vu le rendu des photos, ils ont kiffé. »

Les différents réglages lumières, couleurs, retouches, c’est sur le tas qu’il va les apprendre. L’argentique, c’est aussi un risque : que la pellicule se rembobine, que les négatifs soient abîmés ou que toutes les images soient floues. Le suspens reste total jusqu’au développement :  « C’est justement ce risque que j’aime. J’ai bossé sur des gros projets où des fois, je n’étais même pas sûr qu’une seule photo soit réussie»

Du 93 jusqu’à Nike

Quelques pellicules et un appareil en poche, Bishop commence à shooter son quartier, ses amis, la cité, son quotidien. Ce n’est pas l’esthétique des photos qui importe, mais l’histoire racontée derrière. Avec son appareil photo, c’est tout un travail d’auto-documentation qu’il mène. Petit à petit, le jeune artiste est passé des photos du quartier aux shootings avec Nike : « Je n’ai jamais pensé pouvoir vivre de la photographie et je n’y pense toujours pas, tout s’est fait de manière organique. Je faisais des petits projets avec des jeunes marques avant que Yard me contacte pour réaliser des photos pour l’ouverture du magasin Jordan Bastille. »

Suite à ça, la marque le recontacte pour travailler sur toute la campagne de la Air Max 270 : « J’ai vraiment participé à toute l’élaboration de la paire, de la conception à la campagne finale et je prenais les photos pendant les distributions des sneakers. » Mais son projet préféré reste les visuels qu’il a créé pour le Paris On Air, avec des visuels faits de paires de TN sur fond de voitures et d’immeubles. Des créations qui finiront imprimées sur T-shirt lors de l’événement organisé à la Cité de la Mode et du Design. Ce n’est pas la première fois que Bishop mélange son art avec la mode. Après quelques petites collections, le photographe lance la saison 2018-2019 de BSHPNST, disponible sur son e-shop. La plus grosse source d’inspiration de la collection reste son environnement : camions brûlés, motocross et bâtiments de banlieue restent ses éléments clefs, pendant qu’au dos des t-shirts, on retrouve une liste de villes du département. Montfermeil et Clichy-sous-Bois en plus voyant, car plus importantes pour l’artiste. La collection est accompagnée d’une vidéo au rythme particulier, qui n’est pas sans rappeler le mythique Princes de la ville, célèbre clip du groupe 113.

« J’ai grandi au Chêne Pointu, à Clichy-sous-Bois, pas loin de Montfermeil. Ce quartier représente une grosse partie de ma vie, comme partout, il a ses avantages et ses inconvénients. Les potes avec qui je suis aujourd’hui, c’est des gens que je connais depuis que j’ai 6 ans. Dans le 93, tu as une ambiance famille que tu ne trouves nul part ailleurs : tout le monde se connaît, tout le monde veille l’un sur l’autre. C’est un peu une manière de rendre hommage à l’endroit qui m’a vu grandir, un truc un peu communautaire. Je ne voulais pas faire le 93 VS le monde, mais je n’allais pas non plus fabriquer des T-Shirts à l’effigie de Marseille alors que je n’y ai pas grandi. » Une collection qui met donc, encore un peu plus, le 9 et le 3 sur le drapeau.

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